Date

11.01.2019

Caravage ou Caravagesque

L’oeuvre attribuée à Caravage « Judith et Holopĥerne » présentée à la pinacothèque de Brera à Milan (AFP/GIUSEPPE CACACE)

 

 

Nous sommes en 2014 quand un particulier toulousain découvre lors de travaux de rénovation d’une maison du XVIIe siècle, un tableau de 144cm sur 173cm. Ont peut voir sur cette toile une scène tirée de l’Ancien Testament représentant Judith décapitant Holopherne, et dont l’auteur serait possiblement Caravage, maître du clair-obscur de la fin du XVIe siècle et du début du XVIIe. Cette toile serait une seconde version d’une des plus célèbre toile de Caravage Judith décapitant Holophernedatant de 1598 et que l’on peut voir à la Galerie Nationale d’arts anciens de Rome.

Attribuée au Caravage, la toile est passée entre les mains de nombreux spécialistes afin de confirmer ou non cette paternité. D’abord ceux du Louvre (possédant entre autre La mort de la Vierge de cet artiste). Puis l’œuvre a été étudiée par le Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France. Enfin lors d’une exposition à la Pinacothèque de Brera à Milan où la toile a été confrontée à des toiles avérées du peintre.

A cela des experts mondiaux du maître italien se contredisent : « Oui, je dis que c’est un Caravage authentique, parce que j’ai vu le tableau à plusieurs reprises depuis sa découverte » a déclaré Nicolas

Spinosa à l’AFP. Quand en même temps Gianni Papi déclare : « J’ai vu l’œuvre trois fois à Paris au cours de l’année 2015. Je ne suis pas convaincu qu’elle soit de Caravage […] Ma conclusion actuelle est donc qu’il pourrait s’agir d’une œuvre de Finson exécutée vers 1607-1608… » .
Finalement le doute persiste encore et aucune conclusion ne fait l’unanimité.

Que faire d’une telle découverte ?

L’État français classe l’œuvre « Trésor national » en 2016, assurant ainsi à la toile de rester en France pendant 30 mois. Le cabinet d’expertise d’Eric Turquin en charge de cette œuvre propose la toile pour une somme de 120 millions d’euros à l’État. La proposition n’a pas aboutie pour des raisons que nous pouvons imaginer : difficultés financières étatiques et incertitudes quand à l’authenticité de cette toile.

Pour le cabinet d’expertise d’Eric Turquin, le nom de l’auteur ne fait aucun doute, il s’agit bien selon eux d’un authentique Caravage, mais le sort de la toile se décidera aux enchères et elle finira par quitter certainement la France selon Art Price. En effet, l’État français ne se décidant pas à l’achat, cette toile partira probablement dans des collections privées étrangères.

Ces dernières années, de nombreuses toiles historiques ont quittées le sol français et de nombreuses structures publiques ont fait appel à des mécènes pour acquérir des œuvres aux enchères. Des institutions publiques cherchent et ouvrent des financements auprès d’entreprises ou de mécènes privées, et ce afin de perdurer et de continuer d’assurer leur rôle dans la diffusion et la conservation des œuvres. Quand l’État est dans l’incapacité d’investir afin de conserver de telles œuvres, la question qui se pose est alors de savoir comment encourager la vocation de collectionneurs nationaux.

Sous réserve de changement, la vente aux enchères serait prévue à la Halle aux Grains de Toulouse au printemps 2019.

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