Date

26.10.2018

Les Galeries Itinérantes

Le transit des biens et des marchandises à diverses échelles existait bien avant le XIXème siècle et le fonctionnement des galeries tel que nous le connaissons aujourd’hui. Pour ce qui est de l’art, les intermédiaires et les négociants entre artistes et collectionneurs se sont toujours déplacés afin de présenter et vendre des œuvres élargissant ainsi leur visibilité.

Depuis plusieurs décennies, les propositions d’œuvres, de galeries et d’expositions itinérantes, se sont largement développées. Le désir d’aller à la rencontre d’un public, d’être hors les murs, de faire transiter les œuvres, permet l’élargissement du cercle des ayants droit. Il correspond aussi pour l’heure à un mode de vie et de consommation contemporain.

Nous allons voir ensemble comment ces formes de mobilité se sont développées au travers d’exemples dans le contexte d’une galerie et d’un travail artistique.

Le Stradart d’Iris Clert Galerie itinérante 1972

En 1972, la célèbre galeriste Iris Clert connue alors pour ses choix audacieux et controversés, part sur les routes de France à bord du Stradart, «Le Poids Lourd Culturel», dont les parois de plexiglas faisaient office de cimaises. Elle continue de promouvoir ainsi ses artistes après la fermeture de sa galerie parisienne et durant toute cette décennie. Le camion se poste entre autre devant les institutions les soirs d’affluences ou lors de vernissages, ce qui a été perçu comme une nouvelle provocation de la galeriste.

Aujourd’hui les galeries et les expositions itinérantes ne sont plus forcément des pieds de nez aux institutions, mais répondent à des besoins culturels et à des styles de vies moins sédentaires dans lesquels les déplacements et les voyages sont facilités et parfois indispensables. Ce modèle répond finalement à un besoin de flexibilité.

Pour preuve, beaucoup de galeries ouvrent des «annexes» à l’étranger pour promouvoir leurs artistes. Les Foires Internationales se sont également multipliées rendant indispensables la mobilité des galeries et des collectionneurs, mais aussi des amateurs et des artistes. De même on peut citer le Louvre, musée typiquement parisien, qui s’est exporté à Lens récemment.

Xavier Prieur de la galerie Brumaire explique pour l’Economiste (1): “Etre nomades est un atout, et cette idée même peut permettre de démarrer une conversation, car les gens sont intrigués par le concept. On est à l’heure de la rencontre entre l’artiste et le public, du déplacement de l’art vers le public, et nous illustrons cette idée. Du coup, les retours de la presse comme des clients et visiteurs sont bons, aident à faire parler de nous. Cette notion d’itinérance n’y est pas étrangère”.

Les artistes hors du circuit des galeries ont aussi trouvés des solutions pour palier à leur absence de visibilité dans ce lieux, voulue ou non, et ont ainsi permis de repenser le statut de l’œuvre et de ses modes de diffusion.

En 1962, Robert Fillou est membre de Fluxus. Ce mouvement initié par George Maciunas est composé entres autres de Daniel Spoerri, Yoko Ono, Ben Vautier ou encore Joseph Beuys, et propose un nouveau regard sur les questions liées à l’art, aux artistes et à leurs rôles dans la société. Avec humour et dérision, ce qui est banal et quotidien fait œuvre, avec une volonté de rendre l’art et la vie indissociables.

Robert Filliou invente alors sa galerie itinérante qu’il nomme plus précisément la «Galerie Légitime».Il s’agit d’une casquette faisant office de galerie, un « couvre-chef(s)-d’oeuvre(s)», qui a accueilli une exposition de Ben Patterson grâce à la réalisation de miniatures. Cette galerie itinérante qui prête à sourire montrait aussi d’autres types de créations, à savoir des jeux de cartes truquées où l’on gagne à tous les coups, des objets «momifiés» et des Measurements, c’est à dire des objets du quotidien dont la taille était établie en fonction d’autres objets du quotidien, par exemple une boite d’allumettes mesurée en punaise.

Robert Filliou-galerie-legitime-

De nos jours, le Web répond aussi partiellement à ce besoin de flexibilité. Les vitrines virtuelles sont devenues incontournables pour les professionnels, bien qu’elles ne présentent que des reproductions numériques, elles permettent à leur façon d’élargir la visibilité des œuvres.

 

Gaëlle Gougues

(1)https://www.lenouveleconomiste.fr/lesdossiers/les-galeries-itinerantes-15694/

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