Date

28.09.2018

Marché de l’art et transformation digitale

L’impact sur le processus d’achat – Partie 1 –

Pablo Picasso Fillette à la corbeille fleurie
Pablo Picasso, « Fillette à la corbeille fleurie », 1905, exposé chez Christie’s à Londres en février 2018 avant la vente de la collection Peggy et David Rockefeller à New York. Photo Neils Jorgensen / Shutterstock / SIPA

Par son ancrage ancestral, le marché de l’art est un marché singulier. Les règles qui le régissent ne sont pas uniquement financières et cela en fait un marché difficile d’accès pour les moins connaisseurs.
Malgré tout, il devient de plus en plus difficile pour les acteurs du marché de passer outre les évolutions des comportements et habitudes des consommateurs. Les nouvelles technologies font maintenant partie du quotidien de tous et il est devenu essentiel de les prendre en compte. Contrairement à d’autres marchés et secteurs, cela ne fait que très peu de temps que le digital est utilisé au sein du marché de l’art. Son fonctionnement traditionnel a largement poussé les acteurs à ignorer les changements et notamment à se tourner tardivement vers le digital.
Néanmoins, cette transition digitale, menée afin de s’adapter aux nouvelles habitudes des consommateurs, soulève des questionnements concernant la sécurité et la qualité de l’achat. Le processus d’achat en ligne étant fondamentalement différent de celui que l’on retrouve dans les moyens d’usage, il faut totalement reconsidérer l’approche du collectionneur et de l’acte même de collection. De plus, il semblerait que pour l’acheteur, l’objet d’art vendu en ligne est un objet qui perd de la valeur. Ce n’est pas l’achat à distance qui effraie puisque les collectionneurs mandatent souvent des tiers de confiance pour enchérir à leur place.C’est l’idée même du digital qui tendrait à dévaloriser l’œuvre dans l’esprit de l’acheteur potentiel.

L’objet de cette étude est de tracer un portrait des avancées du digital au sein du marché de l’art et d’envisager son impact sur les habitudes des collectionneurs et les ventes d’art.

Rendre le marché plus accessible

« Pendant longtemps les gens n’ont pas réalisé qu’ils pouvaient simplement entrer dans les bâtiments et s’y balader ou assister à des enchères. Les gens ne savent pas qu’ils peuvent aller voir des enchères : c’est gratuit et tout le monde peut y venir. Je pense qu’il s’agit aussi de changer les perceptions et les aprioris que les gens peuvent avoir. Il faut les encourager à envisager d’acheter de l’art et de l’acheter aux enchères. Notre objectif est aussi éducatif. »
Traduction proposée par l’auteur suite à un entretient avec Anna Touzin, Christie’s, Associate Specialist, Post-War and Contemporary Art

Les dernières grosses ventes aux enchères qui ont tant fait couler l’encre des journalistes, dont la dernière en date est celle de la collection Rockefeller par Christie’s, ont l’avantage d’asseoir l’hégémonie des grands marchands d’art. Néanmoins, les acheteurs pouvant se permettre d’enchérir pour plus d’un million de dollars sur une œuvre ne correspondent qu’à 1% des collectionneurs. Certes, ces ventes records participent à l’influence de certains acteurs et incitent à la confiance quant à la valeur des œuvres qu’ils mettent en vente. Malgré tout, c’est aussi donner l’impression à la majorité des acheteurs potentiels, soit les 99% ne pouvant se permettre d’investir des millions dans une œuvre, que les ventes d’art leur sont inaccessibles.

« J’ai décidé d’établir la société en ligne par ce que, premièrement, même si les coûts de création d’une plateforme digitale sont importants, les autres coûts sont restreints et ça en devient plus durable. De plus, on atteint un public bien plus large en étant en ligne. Je voulais aussi être capable de créer un modèle plus démocratique. En ayant une galerie vous n’êtes capable que de présenter un nombre d’artistes restreint. Je veux pouvoir aider plus de 10 artistes par an. C’est plus une question de système. Je voulais construire quelque chose sur le principe d’une galerie mais le rendre plus accessible, plus transparent.»
Traduction proposée par l’auteur suite à un entretien avec Natasha Arselan, fondatrice d’AucArt.com

 

La principale motivation qui pousse les acteurs du marché à intégrer le digital dans leurs services et méthodes de travail réside dans le besoin de changer la perception que les jeunes générations ont du marché de l’art. En fin de compte, l’aspect traditionnel du marché a tendance à lui donner une image inaccessible auprès des amateurs d’art. Le digital permet alors de véhiculer une notion d’accessibilité qui est de plus en plus recherchée par des acteurs qui se rendent compte à quel point les nouveaux acheteurs sont difficiles à saisir. Utiliser les nouvelles technologies est un moyen de montrer que le marché de l’art est plus accessible qu’on peut l’imaginer.
Les vendeurs d’art, quels qu’ils soient, ont besoin de renouveler leur clientèle. Les collectionneurs qui sont les plus actifs sur le marché, nous devons le dire, sont aussi les plus âgés. Or ces acheteurs qui sont en grande partie responsables de la survie des institutions et ce n’est pas uniquement sur eux que tous les espoirs doivent reposer.

 

 

 

Louise Coussieu Baylac

Jean Michel-Basquiat -Untitled, 1982 – Vendu 110 477 000$

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